Et si entreprendre pouvait aussi transformer la communauté? Bienvenue dans l’univers de l’économie sociale.
Souvent mal comprise, l’économie sociale conjugue mission sociale et performance économique. Cette combinaison, exigeante, explique sa pertinence pour nos communautés.
Aujourd’hui, l’économie sociale est partout : elle structure des services essentiels, crée des emplois durables et soutient des projets qui ont du sens. Pourtant, elle reste méconnue du grand public, des entrepreneurs et parfois des entreprises d’économie sociale elles-mêmes!
Qu’est-ce qu’une entreprise d’économie sociale?
Une entreprise d’économie sociale, c’est d’abord une entreprise comme les autres : elle doit gérer ses finances, planifier sa croissance et relever des défis quotidiens. Sa performance ne se mesure pas uniquement en marges bénéficiaires, mais aussi par l’amélioration concrète de la qualité de vie de sa communauté.
Elle combine deux dimensions :
- Collective : les règles applicables à l’entreprise prévoient une gouvernance démocratique par les membres.
- Entrepreneuriale : les activités consistent notamment en la vente ou l’échange de biens ou de services, permettant à l’entreprise de générer des revenus et de soutenir sa mission.
Au Québec, une entreprise d’économie sociale peut prendre la forme d’un OBNL, d’une coopérative ou d’une mutuelle. Son fonctionnement repose sur trois principes clés : elle doit d’abord répondre aux besoins de ses membres ou de la collectivité, en apportant des solutions concrètes et utiles à son milieu; elle doit fonctionner selon une gouvernance démocratique, telle que prévue par la loi; et elle doit assurer sa viabilité économique, en générant des revenus suffisants pour soutenir sa mission sur le long terme.
Au cœur de ce modèle : une mission ancrée dans le projet, des excédents réinvestis et une gouvernance collective. Un modèle d'affaires à impact.
La loi québécoise complète ce cadre : l’entreprise n’est pas sous le contrôle décisionnel d’un ou plusieurs organismes publics et les excédents générés doivent soit rester au service de la mission, soit être redistribués aux membres en fonction de leur participation. Autrement dit, faire du bien et assurer la viabilité économique ne s’excluent pas : elles vont de pair.
Démystifier les idées reçues
Certains continuent de penser que l’économie sociale n’est pas une « vraie entreprise ». Ces perceptions viennent souvent du fait que le modèle fonctionne différemment de ce que l’on observe habituellement : il mesure la réussite non seulement par le profit, mais aussi par l’impact sur les membres et le territoire.
Pourtant, sur le terrain, la réalité est toute autre. Ces entreprises :
- Innovent et s’adaptent pour rester compétitives;
- Recrutent et fidélisent des talents locaux;
- Planifient leur croissance et sécurisent leur modèle économique;
- Évaluent régulièrement leur performance à la fois financière et sociale.
Les retombées concrètes pour le territoire
Une entreprise d’économie sociale ne se limite pas à générer des revenus. Elle crée une valeur durable, tangible et mesurable sur trois plans :
Social : elle crée des solutions concrètes pour répondre aux besoins réels de sa communauté. Elle mobilise les gens autour de projets utiles et permet aux entrepreneurs de voir directement l’impact positif de leurs actions sur leur milieu.
Économique : elle stimule l’activité locale et stabilise des services essentiels. Dans Roussillon, ces entreprises soutiennent des filières locales, préservent des emplois et contribuent à maintenir des services qui seraient autrement fragiles.
Emploi : elle crée des emplois durables, souvent bien ancrés sur le territoire, et participe à la fidélisation des talents.
Des organisations locales comme Héritage Saint-Bernard, Exporail – le Musée ferroviaire canadien, Le Partage, Hôtel Manoir d’Youville et Entraide Mercier, pour ne nommer que celles-ci, illustrent ces retombées : chacune conjugue performance économique et mission sociale, tout en répondant à des besoins très concrets. La valeur d’une entreprise se mesure autant à son impact qu’à sa rentabilité.
Comprendre le parcours entrepreneurial
Créer une entreprise d’économie sociale exige d’identifier un besoin collectif, mobiliser les membres, structurer la gouvernance, respecter les obligations légales, développer un modèle économique solide et sécuriser des financements. La complexité du parcours montre pourquoi l’accompagnement et l’orientation sont essentiels.
Dans ce contexte, la MRC et les réseaux locaux offrent des repères, des outils et un accès à des financements pour soutenir les entreprises à chaque étape. Cet accompagnement renforce leur capacité à naviguer dans un écosystème complexe.
Un exemple concret
Le Regroupement de parents d’adultes différents du Québec (RPADQ), dont le siège social est à La Prairie et couvre une partie du territoire, illustre bien le modèle d’économie sociale. Sa mission : offrir des services adaptés favorisant l’autonomie, la participation sociale et la dignité de chacun.
À travers ses projets phares, Emplois différents et Maison La Différence, l’organisation propose des parcours de travail adaptés et développe une future résidence supervisée pour jeunes adultes vivant avec une différence.
L’été dernier, le RPADQ a mobilisé 15 employés, accompagnés de bénévoles, pour offrir ses services à plus de 50 personnes sur deux territoires.
Cet exemple montre qu’il est possible de conjuguer mission sociale et viabilité économique, tout en générant un impact concret sur le territoire et en structurant des services essentiels.
L’économie sociale n’est pas un modèle alternatif ou idéaliste. C’est une approche structurée, exigeante et stratégique, qui contribue directement au développement social et économique des territoires.
Entreprendre dans ce modèle, c’est accepter le défi : prendre des décisions collectives, investir dans le bien commun et assurer la viabilité financière. C’est un parcours exigeant, parfois complexe, mais incroyablement porteur pour les entrepreneurs qui veulent avoir du sens et créer un impact durable dans leur milieu. Parce qu’entreprendre, c’est aussi choisir l’impact que l’on veut laisser dans sa communauté.
Mélody J. Rodrigue
Conseillère en développement social
